Les élites et l’art de fuir les responsabilités

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Hier, après une dure journée de labeur entre mes cours et mes multiples autres occupations, je me suis dirigé vers le petit studio dans lequel je vis non loin du centre ville de Dnipropetrovsk en Ukraine. Là, alors que je me préparais à rejoindre la cuisine pour me faire quelque chose à mettre sous la dent (de la Macka une sorte de patte délicieuse pour être précis), tout à coup je recevais un coup de fil qui allait chambouler tout mon emploi du temps, toutes mes prévisions et  m’ouvrir un tout petit peu les yeux sur une triste réalité qui gagne de plus en plus du terrain au sein de la nouvelle élite, de la nouvelle génération. Au bout du fil Mohamed, un ami ivoirien dont j’ai fait la connaissance il y a peu de temps lors d’une soirée up dans un night club de la place.

-Dis donc ayedi tchiè ? (comment ça va en français) que fais-tu petit ?, introduisait il.

-Rien de spécial koro (frère).

-Alors petit on fait quoi ? Je propose que l’on sorte un peu. Il y aura surement des chats à fouetter ce soir. Je passe te prendre alors ?

– C’est d’accord Koro, on se retrouve alors tout à l’heure.

Juste quelques minutes après cette conversation mon vieux téléphone taïwanais se met à ronronner à nouveau.

Mais qui est-ce encore ?

Je regarde de près. C’est un autre ami. Lui aussi veut venir chez moi car il s’ennuie un peu. Décidément, ce soir la nostalgie sera loin de mon petit studio.

A l’occasion je change alors de plat. A la place de ma Macka je prépare spécialement du riz et du Maffé pour que l’on se restaure bien au moins à l’africaine. Une heure plus tard nous sommes tous à table. Au final les visiteurs sont au nombre de cinq, tous des amis subsahariens. Ça fait toujours plaisir de se retrouver entre amis, entre frères et parler de tout et de rien. C’est Mohamed qui lance en premier la conversation.

– Dis donc, quelle analyse faites-vous de la crise malienne ?

Il n’a même pas le temps d’aller au bout de ses idées que Junior un autre ami se lance dans une violente réprimande contre Mohamed, lui signifiant son désintérêt total pour la politique et même la chose publique avant de poursuivre, « ce que je veux moi c’est du travail à la fin de mes études, une grande carrière, des enfants qui auront accès à une école de qualité,  qui auront tout ce … »

Je l’interrompis moi aussi pour lui demander s’il croyait sincèrement que tout cela peut tomber du ciel ? Ensuite que pense t-il du fait par exemple qu’il vive dans un quartier où lui tout seul a accès à l’électricité, à l’eau et à tout ce dont-il venait de citer …

J’ai décidé de parler de cela dans ce billet car je pense que si les jeunes élites (le dernier espoir à priori de notre cher continent) tiennent de tels discours, réfutant tout engagement citoyen et manifestant un désintérêt total en ce qui concerne la chose publique et politique, je pense très clairement que le salut n’est pas encore pour demain.

En réexaminant ces questions sans passion je trouve que les cadres et les élites issus de la nouvelle génération doivent de plus en plus se propulser sur le devant de la scène, car pour le moment je trouve que ce n’est pas vraiment le cas. Lorsque l’on regarde la classe dirigeante un peu partout sur le continent on se rend compte qu’à part les quelques uns qui ont hérité des trônes de leur vieux, rares sont les jeunes qui sont au premier plan. Les jeunes élites et les cadres doivent dorénavant prendre leur responsabilité et se propulser à la pointe du combat contre la pauvreté, l’ignorance et tous les fléaux qui minent et compromettent le développement de notre continent et de nos pays respectifs auxquels nous devons tout. Notre engagement devra être total et à tous les niveaux car « ce qui est pire ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais mais plutôt le silence des gens biens », expliquait une fois le journaliste engagé originaire du pays des hommes intègres (Burkina Faso), Norbert Zongo.

Contrairement à mon ami Junior,ne croyons pas au coup de baguette magique. Le développement et le salut ne peuvent venir que de nous (génération consciente). Nous ne réussirons que si nous nous impliquons un peu plus et acceptons de nous affranchir des préjugés et de tous les complexes qui nous empêchent de nous affirmer réellement. Il est de notre devoir de participer d’une manière active et citoyenne aux mutations sociales, politiques, économiques, culturelles et au moins d’exiger plus d’exemplarité de la part de nos acteurs politiques. La route est longue et parsemée d’embuches mais nous y arriverons ensemble.

Salut chers lecteurs et lectrices et à bientôt j’espère.

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keitamamady
Né en 1990 à Conakry, capitale de la Guinée, je suis étudiant à l’Université Nationale des Mines de Dnipropetrovsk (Ukraine). Passionné de journalisme et d’écriture, j'ai travaillé deux ans comme collaborateur au groupe de presse L’indépendant-le Démocrate. Je suis également le coordonnateur du club RFI d’Ukraine.

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