Enseigner, une noble profession qui fait fuir les jeunes

Photo: UNESCO / Petterik Wiggers
Photo: UNESCO / Petterik Wiggers

J’aimerais vous parler aujourd’hui d’un constat effectué lors de mes nombreux voyages. En  Guinée tout comme en Ukraine les jeunes rêvent tous d’avoir du travail et de faire une grande carrière après leurs études.Une grande carrière de banquier,d’ingénieur,de juriste,et de que sais je encore ? Cependant il existe une profession dont la grande majorité ne rêve pas d’embrasser.Celle de professeur (profs) encore moins celle d’enseignant ou d’instituteur.

Pourtant dans de nombreux pays dont ceux dont il est question dans ce billet la plupart des professeurs et des enseignants appartiennent à la hiérarchie A (haute sphère dans la fonction publique). En plus de ce facteur ce n’est un secret pour personne que l’enseignement,la transmission de la connaissance aux futures générations fait partie des professions nobles.Comment expliquer alors que la profession d’enseignement et de professeur ne passionnent pas autant les jeunes en Guinée et en Ukraine ?

Pour répondre à une telle question rien de mieux que des rencontres avec quelques jeunes.

Sur  dix jeunes étudiants interrogés au hasard sur leur volonté ou non de devenir professeur à l’université ou enseignant; alors qu’un seul me répondait pourquoi pas,sept de ces jeunes me répondaient très clairement qu ils ne souhaitaient pas du tout devenir enseignant ou professeur.Les deux derniers préférant être sceptiques.

Sept sur dix,un chiffre qui montre bien le rejet de la profession d’enseignant ou de professeur par la plupart des jeunes dans les deux pays dont il est question dans ce billet. Lorsque l’on essaye de savoir les raisons de ce refus de prendre la craie pour enseigner,trois principales se distinguent et reviennent le plus souvent.

Les raisons financières …

Cette raison lié au salaire mensuelle est celle qui est le plus souvent revenue lors de cette petite enquête que j’ai mené.

« Les enseignants et les profs sont mal payés » me confie la plupart de ceux que j’ai interrogé.«Vous pouvez passer toute votre vie dans des salles classes et vous n’avez même pas les moyens de vous offrir une maison,une voiture,une retraite dorée », m’explique pédagogiquement sourire aux lèvres un des jeunes interrogés.

Un Job difficile…

Cette raison est revenue elle aussi quelques fois mais il est important de souligner qu’elle est d’ordre secondaire.Parmi les jeunes étudiants que j’ai interrogé certains ont déclaré la phrase suivante :

« enseigner,surtout se faire comprendre dans des classes pour la plupart composées d’élèves ou d’étudiants issus de diverses horizons relève d’un parcours de combattants ». »Gérer les humeurs,les caractères parfois  désagréables de certains élèves ou étudiants cela n’est pas fait pour moi » conclut Mohamed un ami.

L’un des seuls métiers ou le minimum de savoir est loin d’être suffisant

L’enseignement est une profession noble exigeant en plus du savoir,de la sagesse de la part de ceux ou de celles qui l’exercent.N’est pas enseignant qui le veut.C’est un métier qui demande constamment beaucoup de recherche et de travail de la part de ceux qui l’exercent.Partisans de moindre effort certains jeunes que j’ai interrogé m’ont expliqué

« qu’ils préfèrent se tourner vers d’autres métier plus reposant et dans lesquels on a la possibilité de ne pas passer tout son temps dans les bouquins et les manuels scolaires ».« J’aime pour ma part les professions où on a la possibilité de profiter des choses simples et de la beauté de la vie » m’explique Seydou un ami étudiant.

A la lumière de ce qui précède je pense donc qu’il est peut être temps dans nos pays que l’on pense aux enseignants et aux profs en améliorant un peu plus leur conditions de vie et de travail.Car qu’on les aime ou pas ayons au moins le courage de reconnaitre qu’ils consentent d’énormes sacrifice pour transmettre le savoir aux jeunes.Quoi de plus important qu’une éducation de qualité avec des profs et des enseignants bien rémunérés aux services du peuple ?

A bientôt mes chers lecteurs et lectrices

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keitamamady
Né en 1990 à Conakry, capitale de la Guinée, je suis étudiant à l’Université Nationale des Mines de Dnipropetrovsk (Ukraine). Passionné de journalisme et d’écriture, j'ai travaillé deux ans comme collaborateur au groupe de presse L’indépendant-le Démocrate. Je suis également le coordonnateur du club RFI d’Ukraine.

13 thoughts on “Enseigner, une noble profession qui fait fuir les jeunes

  1. Ma mère était institutrice en Cote d’Ivoire dans les années 80.Je sais exactement de quoi tu parles.Après toutes ces années,la situation n’a ni changé ni évolué.Elle s’est meme dégradée au fil du temps,une profession jadis respectée,elle est aujourd’ui villipendée.Pas étonnant que le niveau des élèves pour ne parler que du primaire soit aussi bas.C’est un vibrant hommage que tu rends à tous ceux qui exerçent ces métiers de l’enseignement en ces temps si difficiles.J’aime beaucoup l’article ci-dessus.Fille d’institutrice que je fus a à coeur de voir les choses bouger.

  2. Je te parle de ma propre expérience et peut être tu comprendra mieux pourquoi les jeunes d’aujourd’hui ne veulent plus de ce métier qui est pourtant, comme tu le dis, « le plus noble de tous ». A ma sortie de l’ENS, en 1988, j’avais un salaire de misère de 27.000 UM (68 euros/mois). Aujourd’hui, vint-cinq plus tard et grâce à une dizaine d’augmentations et à mon affectation au Ministère en tant que chef de division « interprétariat », j’en suis à 165.000 UM (je n’ai rien à cacher); C’est bien, me diriez-vous, mais c’est à peine le salaire que me paye une agence en ligne; Je bosse pour le compte de deux, en plus de deux journaux et d’un magazine. Question : Est-ce qu’il n’ y a pas là une raison suffisante d’abandonner le métier d’enseignant quand vous avec une opportunité qui vous permet de gagner cinq fois plus? Mais il y a, dans l’enseignement, des choses qui n’ont pas de prix: l’estime de ces anciens élèves qui continuent à apprécier, hautement, les cours que vous leur avez dispensés; Là, on perd vraiment au change en quittant l’école ou le lycée;

      1. WOW, Medsnib! Ta derniere phrase m’émeut! Oui, rien ne vaut la reconnaissance de ces mômes qui se souviennent de vous toute leur vie. Oui, je me souviens clairement de Mr Agligna, mon prof de français de la seconde en terminale. Il m’a vraiment marqué car, si je m’amuse à écrire des billets, aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à lui, même si je me moque toujours de sa vieille moto Vespa! :p

  3. Frerot, ton article est vraiment édifiant! Sauf que, en l’état actuel des choses, ce métier n’enchante pas vraiment. Ces gars là vivent misérablement, et même les banques hésitent à présent à leur accorder des prêts. Comment inculquer un savoir, aussi vrai soit-il, à un gosse dont les parents te réclament de l’argent? C’est tout le dilemme. J’ai honte de le dire mais, on ne mange pas la noblesse, gars! Métier noble, ok, mais avant tout, métier ingrat :p
    Aphtal

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