Bloguer, une activité peu commune pour une femme africaine

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Pour rédiger ce billet, j’ai interrogé Fatouma Harber, Mondoblogueuse malienne. L’occasion de comprendre, avec elle, ce qui signifiait bloguer pour une femme africaine de nos jours.

Et pourtant je blogue, j’enseigne et cela de connivence avec mon premier métier – d’après un adage bambara, le premier travail d’une femme est son mari – je suis aussi une femme mariée – qui n’a pas de bonne hein !

Pour le métier que j’exerce, l’enseignement c’est certainement celui qui sied le mieux à une femme (sans être sexiste), ne serait-ce qu’à cause des trois mois de vacance scolaires qui te permettent de te ressourcer et de profiter d’une certaine liberté de mouvement : c’est le moment propice pour les voyages que j’affectionne particulièrement : aller sous d’autres horizons, rencontre d’autres personnes, d’autres cultures, d’autres manière de vivre, de cuisiner, de parler, de voir le monde,  lier amitié.

Grande amatrice de  bande dessinée, mais aussi de roman avec une préférence pour les auteurs français – au détriment des auteurs africains, que je ne manquais pas de lire aussi. J’avais aussi un goût prononcé pour les livres de Stephen King qui sont les seuls qu’il m’arrivait de relire quand je n’en trouvais pas de nouveau.

Le blogging apparait pour moi comme une manière de continuer une activité qui m’a passionné durant mon adolescence : la correspondance. En effet, très tôt j’ai eu des correspondants en Europe et en Afrique, surtout en France. Mon premier correspondant s’appelait Julien et habitait en région parisienne. Notre correspondance s’est arrêté au bout de deux ans  sur une contrariété. Je m’en très rappelle bien, malgré l’époque lointaine : j’étais en sixième et je crois que j’ai eu son adresse dans un magazine  BD de Mickey. Des idées réactionnaires avaient commencé à naitre en moi : recherche des conséquences néfastes de la colonisation, refus du néocolonialisme… et je pense que cela ne lui plaisait pas trop.

De nous deux, je ne me rappelle plus qui a arrêté la correspondance le premier. Ensuite j’ai eu une grande amie, nous sommes maintenant amies sur Facebook –mais ce n’est pas la même chose que lorsque nous nous écrivions des lettres frénétiquement : à peine avais-je fini d’en écrire une que je devais répondre à une autre j’avais une autre. Tout mon maigre argent de poche y passait, quand ce n’était pas pour acheter Akim et Zembla. Cette correspondance ne s’est arrêtée qu’à mon départ pour Bamako, une fois le bac en poche.

Hum…  J’étais heureuse de partir enfin m’installer dans le pays de mes parents. Du CI à la terminale, les Nigériens ne cessaient de me rappeler que j’étais une étrangère – une gao-boro en djerma personne de Gao, alors que je suis native de Tombouctou . Mon père s’acquittait des frais de scolarité avec fierté en nous disant qu’il était important que nous restions nous-même, malgré notre séjour dans ce pays. Donc la faute est double et vient des deux côtés : le Niger ne nous a pas intégré malgré toutes ces années passées sur place, mais nous aussi avons tout fait pour rester des Maliens : parler le djerma qui est un dialecte du sonrai ne nous a pas, moi et mes frères et sœurs, empêché de parler aussi le dialecte de Tombouctou.

Les années d’études à la faculté des Lettres, Langues Arts et Sciences humaines où j’étudiais la psychologie n’ont pas été faciles. Le changement a été brusque et bien brutale. J’ai rapidement appris le bambara, mais je me suis recroquevillé sur moi-même, évitant toute relation avec les autres étudiants qui me faisait bien peur avec leur habillement si européen, moi qui venait de Niamey, ne pouvant sortir sans mon foulard et bien couverte ! Sortie en boite ou à la piscine ? Je n’étais jamais de la virée. Professeur racontant sa vie à la place des cours de psychopathologie ? Je sortais discrètement par la porte de derrière. Bamako est chaud disent les bamakois, et je ne me suis acclimaté qu’au bout d’une année, créant une salle de jeux – dans mon quartier avec  le seul ami que je me suis faite dans la classe – et fortement aidée par mon frère ainé dont j’ai été très proche et qui est devenu mon jumeau désormais.

L’enseignement semble être le métier auquel  j’étais destinée malgré mon désir d’y échapper. Je me rappelle m’ être inscrite en psychologie uniquement pour ne pas faire des Lettres comme mes deux grands-frères. J’aimais la philosophie. Mais quel débouché ? L’enseigner ?  Non, il n’y pas d’autres section ? La sociologie. Une filière bateau à cette époque, la sociologie et l’anthropologie y étant mélangées et le nombre des étudiants inscrits y dépassant le nombre de mille. Non, je ne veux pas. Géographie ? Non, ici c’est aménagement et parfois il y a des statistiques à faire, mon aversion pour tout ce qui touche de près ou de loin aux mathématiques donna la réponse non.

A bientôt chers lecteurs et lectrices.

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keitamamady
Né en 1990 à Conakry, capitale de la Guinée, je suis étudiant à l’Université Nationale des Mines de Dnipropetrovsk (Ukraine). Passionné de journalisme et d’écriture, j'ai travaillé deux ans comme collaborateur au groupe de presse L’indépendant-le Démocrate. Je suis également le coordonnateur du club RFI d’Ukraine.

12 thoughts on “Bloguer, une activité peu commune pour une femme africaine

  1. Bien obeservé, « le premier travail d’une femme c’est son mari »… ça me rappelle une phrase de Max Weber qui disait que chaque femme mariée avait le droit à un mois de vacances par an, liberté totale pour oublier un peu les charges conjugales. et c’est sérieux heim!

    Faty, j’ai un stephen King en portugais, l’illuminé!
    j’admire ta passion

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