Sur les traces de Khadi Hane ou lorsqu’une femme de lettres sénégalaise s’exprime

Khadi Hane, crédit image: www.gangoueus.blogspot.com
Khadi Hane, crédit image: www.gangoueus.blogspot.com

Du 05 au 15 avril dernier j’étais à Dakar la capitale du Sénégal en compagnie d’un peu plus d’une cinquantaine de Mondoblogueurs de la plateforme de l’Atelier des médias. Pendant ces dix jours passés au pays de la Teranga la romancière sénégalaise Khadi Hane fait partie des personnes qui m’ont le plus marqué durant mon séjour. Auteure de plusieurs œuvres littéraires plutôt réussis parmi lesquels « Sous le regard des étoiles » publié en 1998, l’écrivaine sénégalaise vivant entre la France et le Sénégal son pays natal m’a accordé un entretien au cours duquel nous sommes revenus sur son parcours exceptionnel, sa passion pour l’écriture, ses projets et plein d’autres sujets fort inintéressants. Entretien à lire et à écouter puisque je vous propose aussi un extrait de cette interview exclusive.

Bonjour Khadi Hane ! Parlez nous de vos débuts en matière d’écriture ?

En fait je suis arrivé à l’écriture vraiment par hasard parce qu’à l’époque je venais tout juste de finir mes études en France. J’étais revenue au Sénégal où j’ai pas trouvé de travail donc je suis retournée en France toujours dans le cadre de la recherche du travail. La bas j’ai été confronté à du racisme. Et quand je suis rentrée au Sénégal après un entretien d’embauche qui s’est très mal passé j’étais très en colère et j’ai commencé à écrire ce que je ressentais sur du papier et au fur et à mesure j’ai empilé des feuilles et puis un de mes amis à lu un jour ce que j’écrivais et il m’a dit qu’il y a beaucoup de personnes qui vivent la même chose que j’ai vécu et il m’a dit que ce serait bien que je me fasse publier  pour que les autres puissent en profiter et se reconnaitre. Donc j’ai essayé de romancer un peu mes écrits et j’ai ensuite présenté l’œuvre à un éditeur (ndlr les nouvelles éditions africaine du Sénégal) et quinze jours après il m’a proposé un contrat et c’est comme ça que j’ai commencé à écrire.

Cette première œuvre est un roman qui a pour titre « Sous le regard des étoiles » pouvez vous nous rappelez de quoi était-il question ?

Il etait question de l’histoire d’une femme qui a fait ses études en France comme moi qui rentre et qui ne trouve pas d’emploi et qui repart en France où elle est aussi confrontée à du racisme à l’embauche et elle va aller jusqu’à commettre l’inévitable c’est à dire se rendre compte qu’elle devient folle. Entre temps elle épouse un homme blanc avec qui elle a un enfant et elle abandonne tout cela étant dégoutée et a un entretien d’embauche elle va aller jusqu’à pointer une arme sur le recruteur et c’est comme ça que la police française l’abat en fait.

Vous êtes à Dakar avec les Mondoblogueurs pouvez vous nous racontez votre rencontre avec cette communauté et le sentiment qui vous anime en ce qui les concerne ?

J’ai été invité par l’institut français de Paris pour venir animer deux ateliers d’écriture avec les Mondoblogueurs. Ce qui a été une expérience assez extraordinaire pour moi. Car dans cette communauté de blogueurs de la plateforme Mondoblog se retrouvent des personnes de divers horizons qui sont tous animées par le plaisir d’écrire, la passion du texte. Donc comme je le disais j’ai fait deux ateliers avec eux au cours desquels nous avons parler des frustrations de l’écriture, des plénitudes que l’on peut ressentir en écrivant, le fait de s’approprier son texte en se disant j’écris ce que moi je ressens, ce que j’ai envie d’écrire  et non ce que les autres veulent que j’écrive. C’est ce que nous avons fait ensemble c’était vraiment une expérience très enrichissante pour moi. Je suis vraiment très heureuse d’avoir découvert chez les Mondoblogueurs la solidarité, l’envie d’écrire, la volonté de mieux faire et moi c’est cela qui m’a le plus marqué.

En compagnie de Khadi Hane crédit photo : Gaus K.
En compagnie de Khadi Hane crédit photo : Gaus K.

Quel était votre message à l’endroit de tous ces jeunes qui ont envie de se lancer ou de mieux faire en matière d’écriture ?

Je les encouragerai à écrire surtout dans la liberté en ce qui concerne le choix des sujets, le choix de l’écriture le tout dans la plénitude et l’extase. Car comme le dit si bien le titre de l’émission sur rfi « la danse des mots » pour moi écrire c’est aussi faire danser des mots. C’est apporter quelque chose, une émotion au lecteur qui fait qu’il a envie de continuer à vous lire ou d’arrêter ou même de se mettre à son tour à écrire . Et surtout j’ai envie de les dire à tous de lire car on ne peut écrire sans lire.

Quel regard portez vous sur la littérature de votre pays le Sénégal ?

Maintenant je ne peux plus dire que mon seul pays c’est le Sénégal parce que j’ai plus vécu en France qu’au Sénégal mais c’est vrai qu’au depart j’étais allée en France pour les études. J’ai fait mon bac ici à Dakar. J’ai fait beaucoup d’aller-retour. Pendant longtemps je me suis cherchée parce que dans les deux pays je n’arrivais pas à trouver un emploi et à un moment il fallait que je me stabilise, que je m’installe quelque part et à ce moment là c’est la France qui m’a apporté l’opportunité de m’installer et de pouvoir travailler puisque finalement j’ai trouver un emploi.

Pour revenir à votre question il y a beaucoup de production littéraire au Sénégal c’est un pays dont l’histoire littéraire est riche et variée et les femmes au Sénégal ont écrit très tôt. Je peux citer Mariama Ba, Ken Bugul, Aminata Sow Fall qui sont mes ainées. Ce sont des femmes dont j’ai étudié les œuvres depuis que j’étais au lycée. La culture littéraire est encrée en nous avec tous les grands auteurs sénégalais. Il y a aussi Léopold Sédar Senghor l’ancien président qui a beaucoup fait pour la culture et l’écriture et aujourd’hui il y a une nouvelle génération qui émerge dont je fais peut être pas partie car je me situerai entre la « génération des Aminata Sow Fall » et celle qu’il y a aujourd’hui composée d’auteurs comme Nafissatou Dia Diouf et tant d’autres ce sont des auteurs vraiment dynamiques.

Ce qui est marrant c’est le fait que je ne cite que des femmes chaque fois qu’on me pose une question sur la littérature sénégalaise. J’ai réellement du mal à trouver un auteur homme sénégalais qui m’a réellement marquer à part Boubacar Boris Diop. Sinon à vrai dire ce sont les femmes qui m’ont réellement marqué dans leurs écrits. Et je pense que nous devons continuer à écrire à être dynamique tout en traitant des problématiques qui ne sont pas forcement des problématiques sénégalaises ou africaines mais simplement des problématiques d’humains.

Voici un extrait audio de l’interview dans lequel Khady Hane nous parle de son actualité et des projets sur lesquels elle travaille

Merci vraiment et bon vent à vous.

The following two tabs change content below.
keitamamady
Né en 1990 à Conakry, capitale de la Guinée, je suis étudiant à l’Université Nationale des Mines de Dnipropetrovsk (Ukraine). Passionné de journalisme et d’écriture, j'ai travaillé deux ans comme collaborateur au groupe de presse L’indépendant-le Démocrate. Je suis également le coordonnateur du club RFI d’Ukraine.

5 thoughts on “Sur les traces de Khadi Hane ou lorsqu’une femme de lettres sénégalaise s’exprime

  1. Très belle interview, effectivement. Vraiment intéressante. Cela me donne encore plus envie de lire ses livres. J’avais déjà envie de le faire après l’atelier.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *