Rond comme l’Ukraine !

De la vodka pour 2 euros – crédit -photo : Phillipe Dacruz

Depuis 1978, l’addiction aux boissons alcoolisées est reconnue officiellement par l’Organisation mondiale de la santé comme une maladie. D’après les statistiques, l’Ukraine est un des leaders dans la consommation d’alcool fort. Seuls les Russes, les Moldaves, les Hongrois et les Écossais boivent plus que les Ukrainiens. Au pays des frères Klitschko, toutes les occasions sont bonnes. Lors des réunions, des anniversaires, des fêtes et même parfois de simples rencontres, on boit de la vodka, de la bière, du champagne, du vin et que sais-je encore. Que peut-on dire à ce propos ? Quelles sont les conséquences de cette consommation abusive d’alcool ? Comment réagir face à ce fléau qui touche presque toutes les classes sociales ?

Des chiffres qui inquiètent

Tous les ans, l’Ukraine perd environ un demi-million de ses citoyens. Près de la moitié de ces décès sont attribuables à des maladies ayant un lien étroit avec l’alcoolisme. Pour être précis, ce sont des maladies du système cardiovasculaire. Il faut dire que la consommation fréquente d’alcool peut être la source de problèmes cardiovasculaires.

Elena Krytchuk nous explique que « l’alcool élève la pression artérielle et augmente le risque d’hypertension ». D’après cette cardiologue qui est spécialiste du sujet, « la consommation régulière d’alcool favorise également les risques d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) et d’infarctus du myocarde ».

En Ukraine, ce sont les hommes qui sont les plus touchés par l’alcoolisme. Il représentent plus de 80% du «groupe à risque». Mais ce qui est le plus frappant et inquiétant, ce sont les jeunes alcooliques, et cela malgré le fait qu’il est interdit de vendre de l’alcool à un mineur dans le pays. On trouve toujours un moyen de contourner cette loi.

« J’ai commencé de boire à 13 ans » nous confie Alexandre, un sans-abri devenu alcoolique. « C’était lors de la fête du nouvel an à la maison » se rappelle le jeune homme.

En Ukraine toutes les occasions sont bonnes pour faire des toast. Le sociologue Anatoliu Kovalchuk pointe aussi du doigt pour expliquer la propagation de l’alcoolisme le fait qu’en Ukraine la bière est « la moins chère d’Europe ».

Un stand de Cognac local pour un peu plus d’un euro. Crédit photo : Phillipe Dacruz

L’alcool, la cause de tous les malheurs

Au pays de la vodka et du Vinok (vin local), presque tous les crimes et délits sont commis dans une totale ivresse ou par des personnes qui sont dans un état de conscience altéré. Plus de 80% des petits vols, des violences domestiques sont commis par des gens ivres. Ils sont aussi responsables de 50% des homicides intentionnels.On peut ajouter a tout cela les accidents de route qui sont souvent causés par des conducteurs ivres.

Comment réagir face à ce fléau qui touche presque toutes les classes sociales ?

Contre ce fléau, il n’y a pas grand chose qui se fait dans le pays. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fourni à l’État ukrainien trois recommandations sur la façon de vaincre la catastrophe nationale – l’alcoolisme :

  • Limiter la disponibilité économique de l’alcool (en augmenter les accises, c’est-à-dire les taxes indirectes),
  • Limiter l’accessibilité physique (ne pas vendre d’alcool à chaque coin de rue),
  • Interdire la publicité pour l’alcool.
Des numéros à joindre pour demander de l’aide pour alcooliques. Crédit photo : Phillipe Dacruz

Malgré ces recommandations, le parlement ukrainien reste silencieux. On ne se dépêche pas de voter pour des projets de loi conformes aux recommandations de l’OMS. Pour le sociologue, Anatoliu Kovalchuk qui étudie le sujet depuis près de 6 ans  l’énorme manne financière en jeu est la cause de ce silence.

« Le fait que les grandes firmes dans le secteur rapportent des milliards au trésor public et aux oligarques qui tiennent la Verhovna Rada [le parlement] chaque année explique le fait qu’il y ait très peu de lois en faveur de la lutte contre l’alcoolisme dans notre pays », conclut le sociologue.

En attendant, de petites initiatives locales comme les alcooliques anonymes constituent l’espoir pour des personnes qui font face à ce fléau. Dans certains coins de rue, quelques affiches montrent les numéros à joindre pour demander de l’aide. Parfois, des numéros qui ne sont là que de noms car injoignables. Comme pour dire que certaines choses ne sont pas roses ici, au pays de la débrouille et du chacun pour soi.

Par Phillipe Dacruz et Mamady Keita

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keitamamady
Né en 1990 à Conakry, capitale de la Guinée, je suis étudiant à l’Université Nationale des Mines de Dnipropetrovsk (Ukraine). Passionné de journalisme et d’écriture, j'ai travaillé deux ans comme collaborateur au groupe de presse L’indépendant-le Démocrate. Je suis également le coordonnateur du club RFI d’Ukraine.

3 thoughts on “Rond comme l’Ukraine !

  1. Intéressant,
    je vis en Ukraine et je suis toujours choqué du prix des alcools forts qui ne sont pas importés. C’est une catastrophe, surtout pour les jeunes !

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