Chronique d’une traversée !

 

Un avion qui prend son envol

Au réveil, mon instinct ou quelque chose de la sorte m’insinuait que ce jour n’allait ressembler à aucun de ceux que j’avais encore vécu. Jusque-là, j’étais un de ces enfants gatés qui ne savaient même pas casser des oeufs, à plus forte raison faire des omelettes aux fromages.

 

 

Eh bien, ce jour allait changer le destin de l’enfant chéri de la famille Keita qui se faisait affectueusement appelé « petit Mamady » par son père, « Souadoumady » par sa mère, « Joo Bebeto »par les intimes du quartier. Ce jour allait changer ma vie l’ignorais-je ?

Et bien à y voire de près je répondrai non et oui à cette question. Non parce que je savais que je n’allais plus avoir la même vie . je savais que je n’allais plus habité la même chambre. je savais que je m’aventurais loin des miens loin de ceux que j’aimais loin de tous ceux avec lesquels je partageais jusque-là le quotidien. Je répondrai oui parce que simplement je n’avais aucune idée de ce que serait ma vie une fois l’aéroport international Conakry-gbessia franchi.

En ce jour de départ, j’avais comme l’impression que les heures avançaient plus lentement que d’habitude. Ce jour était celui où je devais quitter les miens, tous ceux que j’aimais pour des études supérieures en Ukraine afin de revenir participer au développement de mon pays comme aimait le dire mon père.
L’Ukraine est un pays de l’est de l’Europe bordée par la mer Noire,au sujet duquel je ne savais pas grand-chose à part le grand froid qui y règne en hiver. J’avais appris aussi par l’intermédiaire d’un cousin que ce pays était celui des plus belles femmes du monde. Eh bien с’est là que je devais partir.
A l’occasion, les gens s’étaient métamorphosés autour de moi devenant subitement attentionées et tristes pour les uns, gentils et dévoues pour les autres. Les premiers souvent issus du cercle restreint de la famille et des meilleurs amis étaient tristes parce qu’un être qui leur était cher allait désormais vivre loin d’eux et les seconds étaient des gens qui subitement trouvaient désormais un intérêt à ma personne parce qu’à mon nom, devait être désormais ajouté l’étiquette d’étudiant boursier en Ukraine.

Ce jour était vraiment chargé pour moi car je devais passer donner au revoir un peu partout et écouter les sages conseils des oncles, des tantes, des beaux parents de mes frères…et j’en passe. Chez nous с’était ça les bonnes manières. Enfin sonnaient 21 heures, l’heure des adieux. Je me souviens с’еtait pas la joie. « Mais c’était ça le devoir » lançait mon père, il fallait que je parte . Après le repas spécial cuisiner à l’occasion par ma mère on prenait la direction de l’aéroport de Conakry je faisais attention à tout sur l’autoroute qui relie le centre-ville à Gbessia le quartier où se trouve l’aéroport à bord de la vieille Renault de mon Oncle. Curieusement, même les embouteillages monstres de la sortie de Kaloum à pareille heure étaient clément ce jour-là .Et 45 minutes plus tard on était à destination. C’est là que dans la salle d’attente je rencontrais quelques-uns de mes amis boursiers et après de longues heures l’avion prenait son envol . C’était la première fois pour moi de voyager en avion. Et au-delà de tout сe sont la modernité et le confort à l’intérieur de cet appareil qui m’étonnait le plus.

Après l’escale de Casablanca au Maroc, notre avion s’est posé à Istanbul en Turquie. Là nous devions passer la nuit et prendre un autre vol pour Odessa notre destination finale en Ukraine. Mais voila qu’après avoir vérifié tous les documents en notre possession, l’agent de contrôle martelait que mon ami Souleymane et moi n’étions par en règle, qu’il nous manquait un papier tout aussi important et le billet Instanbul-Odessa . Après avoir entendu cela, mon rythme cardiaque s’accélérait et la peur commençait à m’envahir. En fait quand j’étais en Guinée j’avais entendu beaucoup d’anecdotes au sujet de ces voyageurs malchanceux qui n’avaient pas de papiers ou auquels manquait certains documents .j’avais appris que certains d’entre eux  avaient été victimes de violences physiques mais aussi de reconduite manu militari dans leur pays avec toute la honte et le gachi qui va avec. Malgré que je n’était pas un immigré clandestin je me demandais si mon tour n’était pas arrivé de vivre une de ces anecdotes. C’est tout cela qui me donnait la trouille. C’était le premier obstacle qui se posait en travers de mon chemin. Moi qui jusque-là était l’enfant gaté de la famille Keita. Comment allais je m’en sortir et retrouver ma route et passer ce grand aéroport ou presque personne ne parle français ?
Rendez-vous est pris pour la suite. Merci et à bientôt

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keitamamady
Né en 1990 à Conakry, capitale de la Guinée, je suis étudiant à l’Université Nationale des Mines de Dnipropetrovsk (Ukraine). Passionné de journalisme et d’écriture, j'ai travaillé deux ans comme collaborateur au groupe de presse L’indépendant-le Démocrate. Je suis également le coordonnateur du club RFI d’Ukraine.

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