L’art ukrainien de s’habiller pour moins que rien

Entrée d’un magasin de friperie. Crédit photo Phillipe Dacruz

Tous les matins à 9h30, le magasin de friperie « Ekonom classe », situé au centre de Cherkassy, ouvre ses portes. Il n’est encore que 8h30, mais une file indienne d’une cinquantaine de personnes au moins s’est déjà formée devant le magasin. Aujourd’hui c’est lundi, et comme tous les lundis c’est le jour d’ouverture et de mise en vente de nouveaux ballons de vêtements tout fraichement arrivés.

Dans les centres commerciaux de Cherkassy, de Kiev et de la plupart des métropoles ukrainiennes, il faut au minimum 1000 hryvnia (environ 30 euros) pour un jean, parfois le double pour arracher une doudoune… Pour l’Ukrainien moyen, qui touche environ 200 euros par mois, les prix des vêtements dans les centres commerciaux restent de loin inabordables. L’une des solutions qui s’impose reste la friperie et les fameux magasins « Ekonom classes ». D’où viennent en réalité ces habits qu’on y vend ? Pourquoi ces magasins et les fripes qu’on y vend sont autant populaires ? Qui tient ce marché ? Toute la vérité à propos du marché ukrainien de la friperie.

D’où viennent les vêtements, chaussures et divers qu’on y vend ?

Les vêtements, chaussures et divers articles vendus dans les « Ekonom-class » viennent d’Europe, précisément d’Italie, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, d’Irlande, de France et de Norvège. Dans ces pays, les riches arabes qui tiennent le marché des « second-hand » en Ukraine ont leurs agents avec des licences spéciales qui collectent, trient et emballent les habits et chaussures qui ne sont plus utiles, à l’aide des conteneurs installés dans les rues.

Chaussettes et autres accessoires. Crédit photo : Phillipe Dacruz

Après le triage, ces ballons de vêtements et de chaussures sont expédiés en Ukraine pour alimenter les fameux « Ekonom class » et autres friperies. Sur place on trouve un peu de tout. Des jeans, des chemises, des manteaux, des écharpes, des robes, bref tout ce qu’il faut pour bien paraître. Le tout pour 5 à 10 fois moins cher que dans les centres commerciaux.

Qui sont les clients de ces friperies ?

D’après Irina Krygina, administratrice d’Ekonom class, il y a trois types de clients. Tout d’abord, les personnes pour lesquelles la seconde main représente la seule manière de renouveler leur garde-robe. Ils viennent souvent en famille et fouillent pour trouver les effets les moins chers. Il y a ensuite des personnes issues de la classe moyenne. Enfin, Irina Krygina nous explique que ces dernières années ils ont commencé à recevoir des personnes aisées et à la pointe de la mode. Ils viennent le plus souvent à la recherche des trucs intéressants. Ils ne sont pas très nombreux, c’est vrai, mais ils viennent parfois faire un tour sans trop fouiller et parfois ils emportent des T-shirt, des doudounes et des vêtements de marques bien connues.

Chaussures Crédits photo : Phillipe Dacruz

Un mot sur les prix…

Pour environ 5 euros on peut arracher un jeans, pour à peu près 4 euros, une chemise. Une écharpe vaut 2 euros et j’en passe. Des prix abordables par rapport à ceux en vigueur dans les centres commerciaux où on vend du « neuf ». Il faut dire qu’en Europe les marchandises sont achetées pour quelques centimes d’euro par kilogramme. Pour expliquer l’énorme marge entre le prix d’achat et le prix de vente, Irina Krygina pointe du doigt les taxes, les frais de transport, les dépenses d’entretien des points de vente, les salaires de l’entrepôt et du personnel.

Parfois c’est au kilo que s’arrachent les effets dans les magasins de seconde main. Le prix du kilogramme est variable. Il dépend du jour de la semaine. Dans le magasin de Irina Krygina par exemple, tous les lundis le kilo s’arrache à 215 hryvnia soit un peu plus de 6 euros, et les dimanches le kilo vaut 19 hryvnia , soit quelques centimes d’euro. Pourquoi cette différence ? La raison est simple : plus les vêtements restent longtemps dans le magasin, plus ils perdent de la valeur.

Les magasins d’articles de secondes mains deviennent un de ces endroits où se croisent toutes les classes sociales. Ici on peut trouver parfois des trucs chics à la pointe de la mode. Tellement chics qu’ils ne sont pas encore dans les centres commerciaux de Kiev, conclut sourire aux lèvres un jeune acteur rencontré sur place. Et chez vous, quelle place occupe la friperie ? Vos réactions et avis sont les bienvenus.

Par Philippe Dacruz et Mamady Keita

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keitamamady
Né en 1990 à Conakry, capitale de la Guinée, je suis étudiant à l’Université Nationale des Mines de Dnipropetrovsk (Ukraine). Passionné de journalisme et d’écriture, j'ai travaillé deux ans comme collaborateur au groupe de presse L’indépendant-le Démocrate. Je suis également le coordonnateur du club RFI d’Ukraine.

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